The Roadside Memorial (Étude), 2009 Montréal, chorégraphie : Marie-Hélène Bellavance; danseurs : Marie-Hélène Bellavance et Simon-Xavier Lefebvre Photo : Caroline Hayeur

The Roadside Memorial (Étude), 2009 Montréal, chorégraphie : Marie-Hélène Bellavance; danseurs : Marie-Hélène Bellavance et Simon-Xavier Lefebvre Photo : Caroline Hayeur

Voici une courte vidéo, légèrement floue et pixellisée. On distingue à peine Catherine Frazee, la gourou canadienne des arts et du handicap, ou l’interprète de la langue des signes, dans le coin inférieur droit.

La vidéo porte sur le discours de Catherine Frazee Contributing to Culture (Contribuer à la culture) prononcé lors de la Journée internationale des personnes handicapées des Nations Unies, en 2005. Catherine parle avec éloquence de l’importance de la contribution artistique et culturelle des personnes handicapés. Elle explique que les Canadiennes et les Canadiens handicapés veulent plus que quelques espaces désignés où mettre leur fauteuil roulant au sein de l’auditoire : ils souhaitent que l’on reconnaisse leur rôle comme consommateurs et producteurs d’art et de culture… Ils veulent l’accès avec un grand A.

Catherine Frazee mentionne l’un des plus grands obstacles que doivent franchir les artistes, notamment les artistes handicapés : le manque d’accès au financement. Elle dénonce la rareté des bourses de perfectionnement, des subventions et des bourses de recherche. Elle souligne également que les mesures de soutien financier doivent être basées sur des critères qui tiennent compte des points forts et des priorités des artistes handicapés.

J’ai probablement regardé 100 fois cette vidéo de 15 minutes au cours des sept dernières années. Je l’ai montré à des organismes artistiques et à des professionnels des arts partout au pays, lors de séances de formation du personnel et, à titre de conférencière, dans d’innombrables classes des niveaux collégial et universitaire. Il me paraissait alors inconcevable que j’obtienne, de mon vivant, une réponse à cet appel à l’aide, et encore moins d’y participer.

Mais, tout cela, c’était avant de me joindre au Bureau de l’équité du Conseil des arts du Canada et de devenir la première Agente, Secteur art et handicap. Depuis deux ans, nous avons conçu et commencé à mettre en œuvre L’art à part entière : stratégie, accès et d’égalité pour l’avancement des pratiques des artistes handicapés ou sourds, qui découle de l’engagement de longue date du Conseil en matière d’équité dans le domaine des arts. Dans le cadre de cette stratégie, nous avons élargi les critères d’admissibilité de l’Initiative d’accroissement de la capacité de façon à inclure les organismes axés sur les pratiques des artistes handicapés ou sourds. Cette initiative offre un appui financier ciblé conçu pour combler une importante lacune dans le financement de ces organismes. Ce soutien sert à renforcer leur viabilité et leur capacité administrative, en plus de les aider à être plus concurrentiels dans le cadre des concours des programmes des disciplines artistiques au Conseil.

Le comité d’évaluation par les pairs de ce concours se composait presque entièrement d’experts et de professionnels reconnus du domaine des pratiques des artistes handicapés ou sourds et comprenait des services d’interprétation en langue des signes, une toute nouvelle expérience pour le comité. Ce dernier a examiné les demandes qui provenaient de diverses régions et disciplines et, à la fin des trois jours de réunion, il avait attribué environ 1 million de dollars répartis sur trois ans à 17 organismes artistiques.

Ce soir-là, les larmes aux yeux, j’ai regardé de nouveau la vidéo. Depuis quelques dizaines d’années, tant de personnes ont travaillé sans relâche à l’atteinte de cet objectif! Je sais que je peux parler au nom du Bureau de l’équité quand je vous dis que c’est en toute modestie que nous sommes honorés d’avoir pu cocher cette réalisation sur notre longue « liste de choses à faire » pour ce secteur.