Mark A. Wainberg et l’artiste AA Bronson au Musée royal de l’Ontario dévoilent la sculpture AIDS, réalisée par le collectif d’artistes canadiens General Idea. © Linda Dawn Hammond / IndyFoto.com 2006

Mark A. Wainberg (gagnant d'un prix Killam de 2012) et l’artiste AA Bronson au Musée royal de l’Ontario dévoilent la sculpture AIDS, réalisée par le collectif d’artistes canadiens General Idea. © Linda Dawn Hammond / IndyFoto.com 2006

Il n’arrive pas souvent qu’un scientifique puisse dire qu’il a joué un rôle important dans la découverte d’un médicament. Voilà pourquoi je suis si fier que notre laboratoire ait été le premier à cerner l’activité antivirale du 3TC, un médicament aujourd’hui largement utilisé dans le monde entier pour le traitement de l’infection au VIH. On dit aussi qu’il s’agit là de la plus importante découverte de médicament au Canada depuis l’insuline. Avec cette découverte, j’ai l’honneur de rallier les rangs d’un groupe relativement restreint de cliniciens et de scientifiques qui ont transformé l’infection au VIH de maladie mortelle en une maladie chronique et contrôlable – au moins dans les pays les mieux nantis du monde…

 Depuis 20 ans, notre laboratoire de l’Université McGill à l’Hôpital général juif a réalisé des avancées clés dans le domaine de la résistance du VIH aux médicaments et nous a permis de déterminer le meilleur usage possible des antirétroviraux pour traiter l’infection au VIH.

 En ce qui concerne le VIH/sida, la situation est toujours catastrophique dans les pays du Sud et les pays pauvres où l’accès aux médicaments est extrêmement limité. De plus, l’accès aux meilleurs antirétroviraux est beaucoup trop rare dans de nombreux pays africains et pays pauvres; en conséquence, l’infection au VIH y est trop souvent mortelle. Malheureusement, même au Canada, il reste beaucoup à faire. Bien que la plupart des nouvelles infections au VIH surviennent toujours chez les hommes gais, nous constatons que le VIH se propage dans les collectivités autochtones à une vitesse qui nécessite une intervention rapide. Nous devons tout simplement soutenir de meilleures interventions auprès des peuples de nos Premières nations que nous l’avons fait par le passé.

 Au moment d’accepter le Prix Killam 2012 en sciences de la santé pour mes recherches sur le VIH/sida, je pense que mon travail de défense des intérêts est ce dont je suis le plus fier dans ma carrière. Lorsque j’étais président de la Société internationale sur le sida, de 1998 à 2000, j’ai joué un rôle clé dans le choix de Durban, en Afrique du Sud, comme hôte de la conférence internationale sur le sida en 2000. Pour la première fois, une conférence importante sur le sida se déroulait dans une région où l’infection au VIH était vraiment endémique. La conférence a attiré non seulement des scientifiques et des médecins, mais aussi des milliers de journalistes dont les reportages ont fait état de l’accès quasi inexistant aux médicaments anti-VIH en Afrique à cette époque. Ils ont souligné le fait que, contrairement aux habitants des pays riches qui étaient traités avec des médicaments susceptibles de leur sauver la vie, les personnes atteintes du virus dans les pays pauvres étaient condamnées à mourir. Les pressions politiques se sont donc intensifiées, et des programmes d’accès aux médicaments contre le VIH ont été mis sur pied et sont toujours en place.

On attribue à de nombreuses personnes célèbres, comme Bill Gates, le mérite d’avoir aidé les pauvres à accéder aux médicaments contre le sida. Toutefois, mes collègues et moi savons que de tels efforts n’auraient pas été déployés dans le monde entier si nous n’avions pas pris la décision politique et éclairée de choisir Durban comme lieu de la conférence. J’aimerais parfois que la Société internationale sur le sida obtienne la reconnaissance et le mérite qui lui revient pour l’important rôle qu’elle a joué.

Finalement, j’ai la chance d’avoir entrepris une carrière scientifique qui m’a incité à faire preuve de créativité et à mener des recherches qui, je l’espère, ont aidé les gens à vivre en craignant moins le fléau du VIH. C’est un privilège pour moi de faire partie d’un groupe de médecins et de scientifiques qui a transformé l’infection au VIH, autrefois mortelle, en une maladie chronique que l’on peut maintenant contrôler. Dans mon travail, j’ai eu l’aide de plus de 25 étudiants de troisième cycle qui ont obtenu leur doctorat sous ma supervision, et bon nombre d’entre eux se sont imposés comme des scientifiques indépendants et créatifs. Je suis très fier d’avoir contribué à la formation d’une future génération de scientifiques.

Les scientifiques, comme nous tous, ont l’obligation de redonner à la société, et je suis heureux de faire don de la bourse associée au Prix Killam afin d’appuyer la recherche sur le VIH et les efforts d’éducation au Canada et en Afrique auxquels je suis associé.